Courrier n°1 - Quitter la posture d’artisan

Envoyé le 05/01/2026

En novembre dernier, on m'a proposé de présenter une série de photographies à la Maison Arc-en-Ciel de Liège. Je n'avais pas vraiment d'exposition prête, mais mon travail leur avait plu et iels voulaient le mettre en avant. Alors je me suis plongé dans mes archives pour voir ce qui pouvait faire sens : découvrir si des séries se dégageaient et ce que je pouvais raconter avec elles.

Ce fut un travail introspectif très important.

Photo prise par Alice de sa propre série.
Photo prise par Alice de sa propre série

 

Gaëlle devant une de ses photos
Gaëlle devant une de ses photos

 

Voir ces images quitter l’espace numérique des réseaux sociaux pour être regardées par d’autres, et avec d'autres, a été une expérience étrange et précieuse. Les photographies que l’on fabrique seul prennent soudain une autre existence quand elles sont accrochées au mur, quand les regards circulent, des conversations naissent devant elles.

Peu après l’exposition, on m'a demandé de réaliser des images qui devraient être publiées dans le MACazine : en couverture, en quatrième de couverture et en illustration d’un article. Là aussi, c’était un déplacement inattendu. Les photographies changeaient encore de contexte : elles devenaient des images que l’on feuillette, que l’on emporte avec soi.

Article dans le MACazine
Page de l'article

 

Couvertures du MACazine
Les couvertures du MACazine

 

Je ne m’attendais pas à ce que ces deux événements successifs produisent un effet aussi concret sur ma manière de me percevoir.

Pendant longtemps, j’ai pensé la photographie surtout comme un savoir-faire. Quelque chose que l’on maîtrise, que l’on améliore, que l’on applique avec soin. Une forme d’artisanat. J’y trouvais du plaisir, mais je restais prudent·e avec le mot artiste, comme s’il fallait attendre une validation extérieure ou un moment précis où l’on aurait enfin le droit de l’utiliser.

Ces derniers mois ont déplacé quelque chose.

Non pas parce qu’une exposition ou une publication suffiraient à transformer un statut, mais parce que j’ai commencé à voir plus clairement la cohérence du travail que je mène. Les séries se répondent, les questions reviennent sous différentes formes, certaines images ouvrent des pistes que d’autres prolongent.

Ce qui se construit ressemble de plus en plus à une recherche.

J’ai compris aussi que ce qui m’intéresse n’est pas seulement de produire des images, mais de construire des situations où l’identité, les rôles et les attentes sociales peuvent être mis en tension. Le portrait devient alors un moyen : un espace où quelque chose peut apparaître, se transformer, parfois se briser.

Peut-être que la différence entre artisan et artiste se situe quelque part là : dans la manière dont le travail finit par poser des questions qui dépassent la seule fabrication des images.

Alors j’ai repris le contrôle de mes outils de communication pour les adapter non plus à ce qui est attendu de moi, mais à qui je suis. J'ai transformé mon site internet en exposition permanente en laissant à chaque série la place pour exister et être racontée.

Cette correspondance naît de ce moment.

J’aimerais en faire un espace plus lent que les réseaux sociaux pour partager l’évolution du travail : des images inédites, des fragments de réflexion, des notes autour des séries en cours.

Si vous souhaitez réagir à ces images ou partager une réflexion, vous pouvez simplement répondre à ce message. Je lis toujours ces correspondances avec attention.

Bien à vous,

Maune

Liège

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